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Les Ladres - Histoire de sangliers - La chasse aux Goëlands - Quelques notes sur la Font d'Abeille
 
 
 
Les ladres

Il existe à La Cadière, tout près du chemin des Baumes, là où se trouve l'arrêt de bus, un chemin qui se dirige vers le sud-est et qui porte le nom de "chemin des ladres". Le nom de cette voie rappelle l'existence à La Cadière, dans les temps anciens, d'une léproserie, ou ladrerie. La lèpre est une maladie infectieuse, peu contagieuse, mais provoquant chez les malades des disgrâces physiques particu-lièrement impressionnantes. Depuis des temps immémoriaux, les malades devaient être tenus à l'écart des populations "saines" et manifester leur présence à son de cloche ou de crécelle. Il existait jadis un hôpital à la Cadière, l'hôpital Sainte-Marthe (là où se trouve maintenant le foyer-logements), mais celui-ci ne voulait pas accueillir ces malades, qui furent donc relégués dans un bâtiment édifié au XVIe siècle, qui portait le nom de "Maison de Dieu pour les pauvres ladres" dont les recteurs, choisis par les consuls, se nommaient "maistres d'ostal des pauvres de le ladrerie". Le nom de ladre est resté, mais le bâtiment a disparu il y a bien longtemps.  

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Histoire de sangliers
 
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Le dessin de sanglier est de Jacques de Sève ; il a été réalisé en 1754 pour l' "Histoire naturelle générale et particulière" de Buffon (Bibliothèque nationale de France).

Depuis plusieurs décennies, le sanglier est devenu, avec près de 40 000 individus recensés dans notre département, un animal redouté des cultivateurs et plus particulièrement, en ce qui concerne la Cadière, des vignerons, qui subissent une destruction en règle de leurs cultures (les sangliers sont friands de raisins). Des battues administratives sont régulièrement organisées sur le territoire de notre commune pour endiguer ce fléau. Il y a deux siècles, le suidé avait disparu des environs du village, à la suite d'un intense défrichement, et du remplacement des épaisses forêts de chênes verts ou de chênes liège de Puy Bernon (Pibarnon), habitat naturel de ces animaux, par des cultures de vignes et d'oliviers. Mais en remontant dans le temps, Magloire Giraud nous apprend que dans des périodes plus anciennes (en l'occurrence au XVIe siècle), « la chasse aux sangliers se faisait avec "grand appareil" lorsque ces animaux se répandaient dans les champs et y faisaient des ravages ; alors était ordonnée une battue générale à laquelle la jeunesse, qu'on divisait par bandes armées, était invitée à prendre part. Pareille chose eût lieu lors du passage de Charles IX à la Cadière le 4 novembre 1564. Les actes de la communauté nous apprennent qu'il y eut à cette occasion grande et petite chasse dont le produit fut déposé aux pieds du roi, qui parut extrêmement sensible à cet hommage. À l'arrivée de quelque grand personnage en Provence, la communauté, soit qu'elle voulut se le rendre favorable soit que ce fut pour elle un devoir, ne manquait jamais d'aller lui faire la "révérence". Un honnête présent accompagnait d'ordinaire l'hommage, et presque toujours ce don consistait en quelque énorme sanglier. Telle fut l'offrande que la communauté fit au cardinal Strozzi en 1568, à Philippe de Vendôme, grand prieur de France, quand il vint prendre le commandement de la Provence, et au duc d'Epernon pendant qu'il en était le gouverneur. »
Un ordonnance municipale de l’époque nous indique les moyens mis en place pour chasser (cassar) le sanglier à la Cadière : « Conclusion de far baragnhos (Grande haie, généralement constituée de ronciers) per cassar las porcz sanglats (sangliers). Le dict an et jour susdict (12 mars 1564) les consellers ont conclud que on fera baragnhos aux lieux necessaris et que lon talhara jambes de pinz ouzos et rebrondas (émondes, branches superflues qu’on retranche des arbres). Pareillament on prendra tousches (bosquet, bouquet de bois) et aultres rames (brindilles) non fraischement coupees pour cassar las porcz sanglats et que persone non ausara rompre las dichos baratines a la peno de 10 florins aplicables la mitat au seignor et laultre mitat au denonciant et que chascun porrat denonciat et par jousse du conseil me suys soubsigne. » Signé Galem, notaire.
 

La chasse aux Goëlands

Magloire Giraud, dans son ouvrage sur les Archives administratives ou capitouls de la Cadière (1850) nous rapporte (texte provençal d'origine) la chasse aux Goëlands en 1565 :

Lan mil cinq cens soixante cinq a la nativite nost. Seig.et le quatriesme jour du moys de novembre assemble le honorable conselh du présent lieu de la Cadiere dans la chambre commune du dict lieu ou sont estes presentz M. Jehan Antoine bailhe Esteve Preboist et Laurens Gamel sindicz Jehan Audiffren Barthélémy Chais Jehan Guerin Jullien Vian et Pierre Laugier conselhers et moss. Amphossy Barthelemy adjoinct tous ensembles et de unq accord ont conclud que les dichz sindicz loueront deux homes au meilleur pris qu'ils pourront pour descassar lous gabians et demourar tout le jour a l abeourage dau plan de la mar et si non demoron tout le jour au dich abeourage perdran ses gaiges et ainsin a este conclud et per jousse du dich conseilh me suis soubzsigne.

                                                                                              GAMEL not.

 

L’an mille cinq cent soixante-cinq à la nativité de Notre-Seigneur et le quatrième jour du mois de novembre s’est réuni l’honorable conseil du présent lieu de la Cadière dans la maison commune du dit lieu ou ont été présents M. Jehan, bailli, Estève Préboist et Laurens Gamel, syndics, Jehan Audiffren, Barthélémy Chais, Jehan Guerin, Jullien Vian et Pierre Laugier, conseillers et M. Amphossy Barthélémy, adjoint, tous ensembles et d’accord, ont conclu que les dits syndics loueront deux hommes au meilleur prix qu’ils pourront pour chasser les gabians et rester toute le jour à l'abreuvoir du Plan de la Mer, et si ils ne restent pas toute la journée au dit abreuvoir, ils perdront leurs gages et ainsi a été conclu et par mandement dudit conseil, me suis soussigné.

 

GAMEL notaire

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Quelques notes sur la Font d’Abeille

 

En provençal, "font" ou "fons" signifie source, fontaine, ou même puits, et Abeille est un nom de Cadiérens que l’on peut trouver dans les archives départementales (état civil) à partir du XVIe siècle (le plus ancien que nous ayons pu trouver est Jehan Abeille, né avant 1530 et mort avant 1586 ; nous n’avons pas pu remonter plus haut). Il est donc commode de penser que "Font d’Abeille" veut dire "source ou puits appartenant à Abeille". Par extension, tout le secteur a porté le nom (voir plans cadastraux ci-contre : on remarque le moulin actuel cadastré n° 305, le point rouge en haut et à droite de l’image. Il y a aussi tout près le ruisseau des Paluns, qui fait penser que la source se trouvait dans le secteur).

 

Il y avait là un puits communal alimenté par la source, connue au moins depuis le XIVe siècle, selon Henri Ribot, président du Centre archéo-logique du Var (Fons de Abelha - 1354, ad Fonty Debelha - 1394, ad Fontem Dabelha - 1394), et qui donna son nom à un ruisseau recevant celui du Béleouvé et se jetant dans la rivière d'Aran. En provençal ou occitan, Abelha signifie Abeille.

 

Quelques problèmes se firent jours quant à la limite entre le puits et le territoire de la commune de la Cadière, la source et le puits empiétant sur le terrain communal. Pour juger de cette "affaire de la Font d’Abeille", trois experts (ou estimateurs, selon la terminologie du temps) furent désignés, le 25 octobre 1354 ; nous connaissons leurs noms :  Renaud Gayroard,  Pierre Giraud et  Bartholomé Laugier. L’huissier faisant office de juge était Raymond Monnier. Ils durent trancher devant les prétentions d’Alexandre Gamel, dont les terres jouxtaient le puits. On en trouve la charte en latin dans les archives de la Cadière.

Au début du XXe siècle, le puits et la source appartenaient à un certain Maurillon ; ce dernier accepta la demande de la commune, à savoir réaliser une adduction d'eau potable par élévation des eaux pour alimenter le village : en 1905, sur la demande du Conseil municipal, qui signalait l'extrême disette de l'approvisionnement en eau potable des réservoirs publics, le Conseil fit étudier un projet d'élévation des eaux en sous-sol de la plaine, que l'examen géologique des terrains et les analyses chimiques et bactériologiques reconnurent de bonne qualité. L'élévation des eaux, sur 96 mètres de hauteur, s'effectua au moyen d'une pompe, système Dumontant, actionnée par un moteur asynchrone électrique de 8,5 CV, recevant le courant triphasé, sous une tension de 110 volts, depuis la canalisation de l'éclairage public. La première partie de ce projet comprenait les travaux d'adduction proprement dits ainsi que la fourniture et l'installation des appareils élévatoires, pour une somme totale de 32.500 F. La seconde partie comprit l'établissement, le fonctionnement et l'entretien de la ligne de transport d'énergie mesurant 700 mètres de longueur, dont l'estimation s'éleva à la somme de 3.745,30 F. La Commission spéciale de répartition accorda une subvention de 5.550 F. pour l'exécution du projet.

Sur cette parcelle de terrain, un certain Phelip Rostang fit élever un moulin en 1621, ce moulin qui a été racheté et restauré par la commune de la Cadière en 2001. Le nom de Phelip Rostang et la date de 1574 ont été gravés dans la pierre au-dessus de la porte d’entrée. Mais ceci est une autre histoire...