Cette brève histoire de la Cadière, qui s'étend jusqu'au XVIIIe siècle est proposée par

l'Académie du Var dans son bulletin de l'année 1904. 

La Cadière est un ancien bourg très pittoresquement bâti en amphithéâtre à l'extrémité d'une colline rocheuse, à 6 kilomètres du Beausset et à 23 kilomètres de Toulon.

Au IXe siècle, à l'époque où les invasions des Sarrasins désolaient la Provence, les malheureux habitants du littoral se voyant forcés de quitter leurs demeures, cherchèrent un refuge sur les hauteurs environnantes. Le coteau de la Cadière, alors très boisé, présentant une forte position d'où l'on voyait la mer sans en être vu, attira leur attention et ils « vinrent établir leurs premières retraites sous des rochers avancés dont ils fermèrent le devant par une muraille qui les mettait à l'abri des vents du Nord. On voit encore de ces bâtisses[1]. » Plus tard, ils édifièrent leurs demeures sur le plateau, les entourèrent de remparts, et les nouveaux murs donnèrent asile aux pêcheurs du littoral et aux cultivateurs de la riche vallée de Saint-Côme.

Au Xe siècle, Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne et d'Arles, donna ce territoire à Guillaume Ier en récompense des services que ce comte avait rendus au pays en expulsant les Sarrasins. Guillaume à son tour, céda toute la contrée aux vicomtes de Marseille, qui furent ainsi les premiers seigneurs de la Cadière. On trouve dans les archives de cette commune, la copie d'un acte de 1019, dans lequel il est question d'une donation de la huitième partie de la Cadière faite par Foulques de Marseille, tant en son nom qu'au nom d'Odila, sa femme, au Monastère de Saint-Victor.

 

En 1044, Foulques donna à l'Abbaye plusieurs autres biens qu'il possédait à Marseille, à Six-Fours, aux Baumelles, quartier de la Cadière, etc. La même année, Pons II, évêque de Marseille, et son chapitre donnèrent à cette abbaye toutes les dîmes qu'ils avaient à Ceyreste, à la Cadière, etc. En 1048, Lambert, mari de la princesse Astrade, donna sa portion de terre de la Cadière à la même Abbaye, en paiement d'une somme d'argent qu'elle lui avait prêté.

 

En 1211, Roncelin, des vicomtes de Marseille, partagea ce qui lui restait des terres de la Cadière, du Castellet, etc., entre Hugues des Baux et Adhémar, ses neveux. Ce ne fut que par la vente qu'en fit Raymond le 22 janvier 1365 que cette terre passa entièrement sous la seigneurie de l'abbé de Saint-Victor. Enfin, en 1364, la reine Jeanne, comtesse de Provence, fit donation au Monastère de Saint-Victor du droit de régale, premières appellations et pasquiers, que les comtes de Provence avaient au lieu de la Cadière et sur son terroir. Les vicomtes de Marseille, et surtout les abbés de Saint-Victor qui leur succédèrent, n'étaient pas de mauvais maîtres. Les vassaux de ces derniers vivaient paternellement sous la crosse, se nommant des juges dont la sentence était souveraine et des officiers municipaux exerçant la police en commun avec les officiers des seigneurs. « Sur cette terré privilégiée, a dit à l'Institut M. Lenormand, où jamais le servage féodal ne fut connu, la République municipale se fonda naturellement. » Aussi, pendant la Révolution, le peuple des possessions de l'Abbaye est resté calme et pur de tout excès, tandis que celui des localités voisines n'a point agi de même. De toutes les communes de l'arrondissement de Toulon, la Cadière est la seule qui ait préservé ses archives de la dévastation révolutionnaire. Ces archives remontent à l'an 1283.

 

En 1564, Charles IX y coucha, lors de son voyage en Provence. En 1592, sous le règne de Henri IV, la Cadière soutint un siège de deux jours et ses murailles furent battues de 250 coups de canons par le sieur de Lesdiguières. Les habitants de cette bourgade, obligés de céder à la force, malgré leur vigoureuse résistance, ne furent épargnés du sac et du pillage qu'en donnant la somme de vingt mille écus[2].

 

Dans sa Géographie de Provence, l'historien Bouche dit encore : « In primis castrum Cadheria, La Cadière, onze feux en la viguerie d'Aix. Dans les archives de Saint-Victor de l'an 1019, et dans la bulle de Grégoire VII de l'an 1084. il est écrit Cathedra[3]. » Ceci nous explique l'origine des armes de cette commune. La Cadière, en latin Cathedra, porte d'azur à une chaire de prédicateur, d'or, et un chef cousu de gueules, chargé d'un sautoir alaise d'or[4]. Achard[5] donne deux variantes de ces armoiries, il dit : « l'écusson des armes de la Cadière portait, d'azur à un tabouret d'or, au chef de gueules chargé de la croix d'or en sautoir. Aujourd'hui le fond est de gueules à la croix de Saint André d'or avec un tabouret au milieu. » Que l'on prenne le texte de l'armorial ou les variantes d'Achard, de toutes les manières ces armes sont parlantes. C'est toujours une chaire (cathedra), ou un tabouret, avec un sautoir ou une croix de Saint-André qui en font l'objet principal.

 

[1] Achard. Géographie de la Provence, T. L, p. 386.

[2] Bouche. Histoire de Provence, T. II, p. 768.

[3] Bouche. Histoire de Provence, T. I, p. 334.

[4] Armorial d'Hosier, T. I. page 4 du texte ; et T. I. page 1048 des blasons.

[5] Achard. Géographie de la Provence. T. I. p. 384.

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