LE DRAME DU 14 AOÛT 1944

 

Été 1944 : la guerre vit ses derniers jours. Les bombardements n'ont pas cessé depuis le début de l'année. Le 12 août 1944, les Alliés mènent un nouveau raid massif sur Toulon, le neuvième.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toulon : le quai Cronstadt après les bombardements alliés de juillet 1944

 

 

Les villes des alentours sont aussi visées. Les pilotes sont essentiellement des Anglo-Américains. Leur mission est de détruire les navires de guerre de surface et les sous-marins mais aussi les pièces d'artillerie allemandes, placées sur les hauteurs autour de Toulon : à Notre-Dame du Mai, entre la Seyne et Six-Fours, mais aussi à la pointe de la Cride, entre Sanary et Bandol, à la Cadière, à Ollioules ou à Saint-Mandrier, où se trouve, au cap Cépet, celui que les Américains surnomment "Big Willie", un ensemble de canons de gros calibres (340 mm), d'une portée de plus de trente kilomètres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                  "Big Willie" au Cap Cépet sur les hauteurs de Saint-Mandrier                                                       Escadrille de superforteresses volantes B 17

Déjà, le 12 juillet, 2000 bombes de 250 kg à plus d'une tonne avaient été ainsi larguées par les superforteresses volantes ( B17 et B24). Elles s'abattirent sur la Seyne dans les quartiers de Janas, Mar Vivo, Brémond, les Sablettes. 80 bombes explosèrent sur l'Arsenal, mais c'est à la Seyne que se produisit une catastrophe : 92 personnes perdirent la vie après un mouvement de panique dans un émissaire commun en construction, où elles s'étaient réfugiées, comme des centaines d'autres.

 

Le 12 août, l'ouest du département subit toujours un violent bombardement. Les avions sont des bombardiers quadrimoteurs type B24 "Liberator" appartenant au 461ème Bomber Group américain. Les batteries allemandes installées dans l'arrière-pays doivent être détruites.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                       Bombardier B 24 « Liberator »                                                                                                                              Canon allemand de 105 mm long

À la Cadière, les passages réguliers de bombardiers à haute altitude inquiètent la population. Chaque famille cherche un abri : sous le  "baou", avancée rocheuse au sommet du village, dans un souterrain au Moutin, dans une faille rocheuse à Naron, dans les caves, dans les bois.

 

Les Allemands avaient installé deux canons de 105 long au quartier "Les Costes", autour de la maison « Bennati » et sur la campagne « Moulinard », ainsi que des fortifications aux Luquettes. En effet cela permettait de protéger  le golfe des Lecques car la vue sur celui-ci était dégagée. Ils avaient aussi installé sur le chemin des Vallouches, près de la ferme « Pichou », des carcasses de voitures destinées à faire croire aux avions à la présence d'un convoi.


Le matin du 12 août, le petit Maurice, âgé alors de six ans, s'était rendu au village, chez le coiffeur, accompagné de son frère Antoine. Au retour, ils virent un groupe de bombardiers qui tournoyaient haut dans le ciel. Un chapelet de bombes commença à tomber, et il ne dut sa survie qu'à la présence d'esprit de son frère, qui le poussa dans un ruisseau en contrebas. Un nuage de poussière et de fumée accompagnait les explosions, des morceaux de branches d'oliviers fusaient en tous sens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Superforteresse américaine larguant un chapelet bonbes

 

 

Les avions, après avoir survolé le quartier de Fontanieu, avaient voulu prendre en enfilade les pièces de 105, le faux convoi et les tranchées de la Colette. Les canons ne furent pas atteints, de même que le faux convoi mais le village vécut un drame qui aujourd'hui encore est présent dans la mémoire de nombreuses familles. En effet, sur le chemin des avions, se trouvaient les maisons « Espanet » et « Pichou », et les Alliés, larguant les bombes de très haut, manquaient de précision.

 

En entendant le sifflement des premières bombes, Fulbert Espanet alla au-devant de sa femme Aimée qui se trouvait à l'extérieur. Une bombe éclata, la projetant à distance ; Fulbert se jeta sur elle pour la protéger, mais l'effet de souffle l'avait tuée. Fulbert pensa que comme son épouse avait étendu des draps blancs, les alliés avaient peut-être imaginé qu'il s'agissait d'un groupe d'Allemands cherchant à se rendre. Il décédera le 22 décembre 1944 des suites de ce bombardement.

 

Au même moment, Madame Pichou et sa fille aînée Denise changeaient de vêtements après avoir assisté à une messe de deuil. Il avait été convenu qu'en cas de bombardement, l'on se disperserait dans le bois voisin. Aux premiers bruits de bombes, le père, Adolphe Pichou cria : « Vite dehors ! ». Un engin explosa au milieu d'eux. Adolphe et son fils Charles (11 ans), furent tués sur le coup. Deux des filles, Arlette (8 ans) et Josette (9 ans) étaient mourantes. Seules la mère et Denise, étant sorties avec un temps de retard, avaient échappé au carnage. Elles se précipitèrent pour prendre dans leurs bras les deux fillettes qui respiraient encore. Arlette mourut dans les minutes qui suivirent. Josette fut transportée à l'hôpital du Beausset où elle succomba dix jours plus tard.

 

Quel drame venait de toucher ces deux familles et de ce fait la population entière du village ! Huit jours plus tard, le 20 août 1944, le village était libéré.

 

Un hommage fut rendu à ces deux familles dans le malheur, en donnant leur nom à l’une des carraires de la Cadière, qui devint l’avenue Pichou Espanet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plaques commémoratives placées sur les tombes Espanet et Pichou au cimetière de la Cadière : on remarquera que la plaque Espanet comporte une erreur : il est indiqué 12-7-1944 au lieu de 12-8-44 comme c’est le cas sur la plaque Pichou.

 

 

Texte établi par la Société d’histoire de la Cadière d’Azur, avec les souvenirs de Mme Hélène Dispard et de M. Maurice Vercellino ; qu’ils soient ici remerciés pour leur précieuse contribution.

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